dimanche 19 novembre 2017

Souvenirs d'un salarié de l'usine VELAM

Entré à 17 ans chez VELAM, Albert PEZZONI m'a contacté à l'automne pour me proposer des écrous de roues. J'ai dit oui. Et je lui ai posé des questions sur VELAM auxquelles il a bien voulu répondre. Voici son témoignage.


Comment êtes-vous rentré chez VELAM ? 

Mon choix d'entrer chez VELAM a été tout à fait fortuit, simplement parce qu'ils étaient installés à Suresnes où j’habite et cherchaient à recruter, d'autre part, ayant des parents italiens, Isetta cela me parlait.

A quel âge avez-vous commencé à travailler pour cette entreprise ? Votre emploi avait un lien avec votre formation ?

Je suis entré chez VELAM le mercredi 26 octobre 1955 à l’age de 17 ans, c’était mon premier emploi après avoir arrêté le lycée sans aucune formation professionnelle. J’étais employé de planning et en particulier j'enregistrais les composants que livraient les fournisseurs pour que la chaîne ne manque de rien.

On trouve parfois des pièces avec le logo ISO. L’inventeur italien de l’Isetta faisait-il partie des fournisseurs ?

Je pense que Vélam a été créé courant 1954 et les premières voitures sont sorties de chaîne en juillet 1955 (3 mois avant mon arrivée) et non en octobre comme dit Wikipédia. Je me souviens que les 200 ou 300 premières voitures avaient été montées, avant mon arrivée, avec des moteurs ISO venant de Milan, le démarrage des moteurs français ayant pris du retard. Je ne pense pas qu’ISO ait  fourni  ensuite quoi que ce soit d’autre. Il y avait deux fournisseurs de phares qui arrivaient terminés, blancs, de chez Marchal et Cibié. Les déflecteurs triangulaires venaient de chez Pénin Farnier, le boîtier de direction de chez Gemmer. La lunette arrière venait de chez Applex, chacune était tracée sur une voiture précise, retournait  chez Applex pour détourage selon le tracé et revenait pour être montée sur sa voiture.

Il y a sur le site de l’INA (Institut National Audiovisuel) une courte vidéo muette montrant l’usine ? Ravive-t-elle des souvenirs en vous ? Reconnaissez-vous des personnes avec lesquelles vous avez travaillé ?


Le court-métrage de l’INA a ravivé mes souvenirs, mais je n’ai reconnu personne, bien qu’à l’époque mon emploi me faisait connaître tout le monde, mais c’était il y a 60 ans !
Dans ce film, on voit sur les murs extérieurs de l’usine les initiales AD pour Alexandre Darracq créateur de l’usine reprise ensuite par Talbot. Je me souviens avoir vu fabriquer les dernières Talbot en 1955 / 1956 dans une usine voisine appartenant aussi à Talbot. Tous ces bâtiments ont été détruits à la fin des des années 1960. 
Dans cette usine, un Suisse nommé Louis Chevrolet a été ouvrier puis coureur automobile sur Darracq, en particulier aux Etats-Unis où il s’installera ensuite et créera  l’entreprise qui porte son nom.

"La production quotidienne tournait autour de 30 voitures avec une pointe peu suivie de 50." 

Je ne connaissais pas d’autres usines automobiles à l’époque mais Vélam fabriquait tous les éléments, emboutissage, assemblage, peinture, mécanique, moteur, sellerie des sièges etc. Et je me souviens des incendies spectaculaires lorsque en usinant les carter en magnésium les copeaux prenaient feu dans un éclair aveuglant .
   
On voit 6 Isetta sortir de l’usine à la queue leu leu, c’est juste pour le film, en réalité, les voitures sortaient par le porche de l’autre bâtiment de l’autre côté de la rue à gauche. Les voitures gravissaient une pente en bois placée le long du camion. Du fait de leur faible longueur,  elles étaient disposées perpendiculairement à la marche du camion. La rampe en bois restait en place et le camion avançait de la largeur d’une Isetta à chaque fois. Elles étaient  terminées,  prêtes à prendre la route et elles montaient d’elles mêmes cette rampe en bois, même si quelquefois, un moteur ne voulant pas démarrer, le chauffeur la faisait monter à la seule force du démarreur avec une vitesse enclenchée ce qui me paraissait barbare.

Quand avez-vous quitté VELAM ?

La CD Panhard et l'Isetta VELAM partagent le même bouton de porte.
(Source photo: http://www.vroom.be/fr/essai/essai-panhard-cd-1963)
J’ai été  appelé sous les drapeaux en mai 1958. Après vingt-huit mois de service (guerre d’ Algérie), je suis revenu chez Vélam en octobre 1960 et j’y suis resté jusqu’à sa liquidation finale en mars 1968. L’employeur à cette époque était tenu de reprendre le personnel de retour du service militaire, et  j’ai retrouvé le même poste avec l’adaptation aux nouvelles activités et j’ai terminé ma carrière chez Vélam comme responsable du Planning.
Les dernières Isetta ont dû sortir début 1958, ensuite Vélam a passé un accord avec Citroën pour assembler des  2 CV en complément de l’usine de Levallois saturée qui n’arrivait pas à satisfaire la demande.
Vélam a aussi assemblé environ 200 CD (Charles Deutsch) Panhard. Vélam avait aussi été pressenti par Renault pour assembler la Floride qui a finalement été assemblée chez Chausson à Creil.

Vélam, dans ces période post-Isetta a aussi remis en état une certaine quantité de Panhard PL 17 neuves qui avaient été stockées je suppose dans de mauvaises conditions.
Ensuite Vélam a fabriqué jusqu’au début 1968 des bâtiments préfabriqués métalliques à usage scolaire (type Pailleron) après une association avec une entreprise qui avait conçu et obtenu les marchés de ces écoles.
Pour ma part, j’ai continué jusqu’à mon départ en retraite en avril 1998 à travailler pour l’industrie automobile puisque j’étais cadre commercial d’un fournisseur de composants pour l’automobile (pièces d’assemblage).

Des Isetta VELAM aux couleurs d’ASPRO faisaient partie de la caravane publicitaire du Tour de France - il y en aurait eu 3 - savez-vous si elles ont été décorées à l’usine ?

Les Isetta Aspro n’ont pas été décorées chez Vélam, en revanche je me souviens qu’une voiture sans moteur avait été bricolé chez Vélam avec un accès masqué côté moteur par dessous pour une pièce de théâtre ou un sketch et de nombreuses personnes sortaient de la voiture (je n’ai jamais vu le sketch mais j’avais vu le travail sur la voiture).

Avez-vous le souvenir de version très spéciales d’Isetta VELAM fabriquées à Suresnes ?

Je me souviens de l’Isetta avec carrosserie de course qui a battu divers records à Monthléry. Elle était immatriculée 739 WO et était conduite par Monsieur Bianchi  (commercial Vélam) et Monsieur Avenel qui avaient le même petit gabarit pour pouvoir entrer dans la voiture. 


Sur cette photo, Monsieur PEZZONI a reconnu de gauche à droite : mécanicien Vélam // Jean Bianchi commercial Velam, 1 des pilotes (on le voit à la sortie de chaine sur le film INA ) // Roger Budin PDG de Vélam // Peslier commercial Velam // Michel Cromback frère de Hubert Cromback associé de Roger Budin et directeur commercial de Vélam // peut être 3 ème pilote que j’avais oublié // mécanicien Vélam // probablement Avenel 2ème pilote // Jean Malisan technicien Vélam // André Furia directeur des études Velam devenu patron de Bendix // Jean Boiselle directeur de fabrication Vélam.
Source photo : http://rarefrenchsportscars.files.wordpress.com/2016/01/velam-final.pdf


Source : automania.be
Cette voiture de course, bleu de France, a été exposée au Salon de l’automobile, je pense en 1957 au Grand Palais à Paris disposée sur une estrade inclinée en bois. C’est le chauffeur de l’usine et moi qui l’avions apportée sur une camionnette 203 et disposée sur cette estrade.

Et il existait à Suresnes 2 camionnettes plateau Isetta qui avaient été fabriqués chez ISO à Milan, une appartenait à Vélam et l’autre à Simmonds, société qui fabriquait les écrous Nylstop et appartenait à Monsieur Hubert Cromback qui était associé à Monsieur Roger Budin PDG de Vélam. J’en ai revu une dans une exposition à Rome en janvier 2010.


Je me souviens avoir conduit jusqu'à un studio de cinéma de Courbevoie l'Isetta qu'on voit dans le film "drôle de frimousse"
Capture d'écran du film "Funny Face" - 1957
Dans l'Isetta : Kay Thompson (?) et Fred Astaire
Source : http://www.imcdb.org/vehicle_106727-Velam-Isetta-1955.html




Avez-vous possédé une Isetta VELAM ?

Non, l'Isetta coûtait 300.000 francs, un peu trop pour moi. J'ai eu mon permis en juillet 1956 et quelques mois après,j'ai acheté à un collègue une Simca Fiat 6CV pour 90.000 francs. Il l'avait acheté neuve en 1937, 20.000 francs. Je l'ai revendu à un autre collègue avant de partir à l'armée. A cette époque un jeune de 18 ou 19 ans avec une voiture c'était très rare.
Trois jours après être rentré d'Algérie, j'ai acheté une Dauphine neuve 6.000 francs nouveau et puis ensuite toujours des Renault.

Autre anecdote, VELAM louait un autre local à Suresnes. Cette ancienne fonderie servait de  stockage pour diverses grosses voitures que leur propriétaire louait pour le cinéma ou autre. Lorsque je cherchais à acheter une voiture il mettait en vente une Rolls Royce Landaulet - banquette conducteur sans toit, la carrosserie commençait derrière le chauffeur - pour 100.000 francs. Elle était sans doute à réviser, en tout cas trop chère à entretenir pour moi et je n'aurai jamais osé me produire dans ce genre de voiture. A cette époque (en 1957 - 1958) il n'y avait pas de marché pour les vieilles voitures, combien ont fini à la casse !

"Le numéro de série des Isetta VELAM a arbitrairement commencé à 100101"


Voilà, je crois en avoir fini avec mes "je me souviens" qui nous ramènent aussi à l'Isetta puisque Georges Perec dans son joli et mélancolique livre du même nom, monté ensuite en pièce de théatre avec Samy Frey, parle aussi de l'Isetta.

Un grand merci Monsieur PEZZONI !

vendredi 6 février 2015

Joints de déflecteur : du nouveau

Le Comptoir de la Carrosserie prépare une fabrication de joints de déflecteurs pour les Isetta VELAM. 
Un collectionneur alsacien m'avait donné l'information. Elle m'a été confirmée hier à Rétromobile par Daniel, un des acteurs de la vénérable entreprise toulousaine.
 


Isetta VELAM - side window vent
Le comptoir de la carrosserie (Toulouse) prépare
une fabrication de joints de déflecteurs.
Le prix ? Comptez minimum 260 €uros pour la paire. Elle sera fabriquée en Europe, en caoutchouc, avec des moules réalisés à partir des joints originaux.
Et comme d'habitude, plus il y aura de commandes, moins le prix sera élevé.

Contact : Daniel au 05.61.42.68.73 (jusqu'au 8 février 2015 sur le stand C023 à Rétromobile)
Site web : http://www.comptoir-carrosserie.fr/

vendredi 21 novembre 2014

Fiat Lux ! Enfin j'espère.

"Mais pourquoi cette [censuré] démarre aléatoirement et s'arrête contre ma volonté maintenant que j'ai nettoyé / contrôlé / branché le circuit électrique complet ?"
Pour le savoir, il fallait ouvrir le boitier sous le volant. (Encore une spécificité de la VELAM dont les impatients se passeraient bien).

 


Et alors ? Le diagnostic ?
Un fil partiellement coupé et des contacts ne faisant pas leur office, vraisemblablement à  cause de ressorts fainéants. Et je n'écarte pas des bidouilles d'époque : ces billes me paraissent bien trop volages pour être dignes de confiance.

Bref, hier après dîner, à l'établi, le multimètre validait les réparations effectuées (billes remplacées par des cosses de 5mm de diamètre par exemple).
Reste à déverminer tout ça, Isetta en mouvement i.e. boîtier soumis aux vibrations ... 

M.à.J du 04/02/2015 : FIAT LUX ! Après quelques travaux complémentaires (soudures, etc.)

mercredi 29 octobre 2014

Embiellage, une photo et un peu de son origine

Au démontage du moteur d'Isetta VELAM dont j'assure le contrôle et la rénovation pour un collectionneur, j'ai pris une photo de l'embiellage car on n'en voit pas tous les jours.

Un embiellage en V, comme VELAM ?
"Le fait que les pistons montent et descendent presque simultanément à permis de les racccorder à une seule bielle double attelée au vilebrequin par un maneton unique. (...) Il se produit un mouvement relatif des deux pistons qui est réalisé par l'emplacement judicieux de l'articulation de la bielle sous-maîtresse sur la bielle maîtresse."
RTA n° 119, mars 1956 - page 169

La lecture de l'article d'E.M. Drucker, page 156 à 162, dans la même RTA, complète la citation technique ci-dessus. On y apprend que le procédé du bicylindre à chambre de combustion commune a été utilisé par Gilera, Puch, TWN (Triumph Nuremberg), DKW, Impéria.

Moralité : restaurer une microcar en général, et une VELAM en particulier, nécessite de s'intéresser aussi à la moto ancienne et à ses acteurs. Cela permet de trouver des pièces qui n'existent pas, et pour cause, dans l'univers automobile.

mardi 14 octobre 2014

Des pièces ISO sur VELAM, un "mystère" à élucider

Un collectionneur m'a confié un moteur de VELAM pour diagnostic et éventuelles réparations.
En le démontant je tombe sur un bloc boite / embrayage estampillé ISO.



Bloc boite / embrayage d'une VELAM.
En haut à gauche, le logo ISO.

J'ai déjà vu ce logo sur d'autres mécaniques VELAM. J'ai même trouvé un pont complet d'Isetta ISO dans le stock de pièces de VELAM racheté il y a plus d'un an. (Il diffère de celui de la VELAM de par sa forme et de par son tendeur de chaîne par excentrique. Solution adoptée par BMW pour son Isetta. Voir là où il y a de la chaîne ). 

Vue la boue au fond du carter, soit la vidange a été faite par aspiration, soit elle n'a jamais été faite.
Bien visible à droite, la jauge à huile. A priori, une spécificité des moteurs "de première série".


Nous savons que VELAM a obtenu la licence ISO. Pour autant, un mystère reste à percer. Pourquoi trouve-t-on le logo ISO sur la production de l'entreprise française ?

Plusieurs hypothèses :
- moules ISO ?
- rachat du stock de l'entreprise italienne par  la française ?
- ISO équipementier de VELAM ?

Lecteurs, vous avez la réponse ? Merci de la publier en commentant ce billet !
Nous nous coucherons plus cultivés.


Edit du 10 12 2017 : mystère résolu, lire http://isettavelam.blogspot.fr/2017/11/souvenirs-dun-salarie-de-lusine-velam.html